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Passer des heures Ă  rĂ©pĂ©ter la musique de Koki Nakano sans pouvoir Ă©changer une conversation sĂ©rieuse est merveilleux . Pas de japonais, pas de français, pas d’anglais, pas de diplomatie, juste un territoire : l’Art de Koki Nakano.
Le piano et le violoncelle sont des outils sommaires mais ils ont une mĂ©moire, un ADN, une histoire et ces outils vĂ©nĂ©rables, volumineux et peu pratiques Ă  l’heure de la dĂ©matĂ©rialisation sont de merveilleux magiciens. GrĂące Ă  eux, sans Ă©changer un mot, il y a des questions, de la sueur, de l’ardeur, du rire, de l’acrobatie, de l’agacement, la peur de mal faire, l’art de bien faire, de la plĂ©nitude. Dans le minuscule studio des Buttes-Chaumont oĂč Koki rĂ©sidait, je pouvais avec mon archet toucher le piano droit et de la main gauche faire chauffer de l’eau, mais en sortant j’avais l’impression d’avoir Ă©tĂ© sur Mars, au bord d’un lac, dans un loft berlinois, avec des fĂ©es. La musique ne signifie rien et pourtant c’est une question de vie et de mort pour Koki Nakano.

Vincent Segal

Au Japon, dans une immense ville tentaculaire, la plus peuplĂ©e du monde, il y a partout des petites ruelles. On a Ă  peine quittĂ© une grande artĂšre qu’on se retrouve plongĂ© dans un univers villageois, charmant, tranquille et joyeux. Un jour, marchant dans une de ces ruelles j’ai vu passer un chariot chargĂ© d’enfants qui se faisaient trimballer vers l’école par deux dames. Ces deux dames les tiraient, Ă  pied, et les petits jetaient des regards Ă  la fois sages et malicieux sur le monde qui dĂ©filait ainsi sous leurs yeux. Ça se passait Ă  Koenji, un de ces endroits au monde oĂč je me suis toujours senti trĂšs heureux.
Les compositions de Koki Nakano m’ont immĂ©diatement plongĂ© dans le souvenir de ce moment, dans la ruelle de Koenji, avec les enfants qui passaient en chariot. Elles sont habitĂ©es de la joie de celui qui flĂąne et se laisse surprendre par les petites choses. Le piano de Koki sautille et danse sans direction prĂ©cise, laisse tomber ses notes tout autour de lui, parfois s’arrĂȘte sur une couleur, se surprend lui mĂȘme Ă  esquisser un pas inattendu, un nouveau rythme de marche qu’il rĂ©pĂšte avec curiositĂ© tandis que le violoncelle de Vincent promĂšne ses archets comme celui qui sifflote en Ă©cho aux milles Ă©vĂšnements qui l’entourent, attentif Ă  leur complexitĂ© tout autant qu’à la grande Ă©vidence de ce qui a simplement lieu.
Et parfois le tumulte de la ville monstrueuse reprend le dessus, le temps de traverser un carrefour immense et dangereux, pour de l’autre cĂŽtĂ© se retrouver Ă  suivre sans le vouloir un vieil homme Ă  la dĂ©marche ancestrale puis l’abandonner pour une jeune fille qui ne se soucie de rien d’autre que de la fraĂźcheur du printemps, elle qui vient d’arrĂȘter de fumer. Finalement reposer sa marche en fermant les yeux assis sous un arbre, s’assoupir et se laisser emporter vers l â€˜Ă©tĂ© dernier. Au mĂȘme endroit un jeune homme composait cette musique chargĂ©e de rĂȘves et de choses qui passent et laissent des traces sans mĂȘme le savoir.

Gaspar Claus

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Description

Passer des heures Ă  rĂ©pĂ©ter la musique de Koki Nakano sans pouvoir Ă©changer une conversation sĂ©rieuse est merveilleux . Pas de japonais, pas de français, pas d’anglais, pas de diplomatie, juste un territoire : l’Art de Koki Nakano.
Le piano et le violoncelle sont des outils sommaires mais ils ont une mĂ©moire, un ADN, une histoire et ces outils vĂ©nĂ©rables, volumineux et peu pratiques Ă  l’heure de la dĂ©matĂ©rialisation sont de merveilleux magiciens. GrĂące Ă  eux, sans Ă©changer un mot, il y a des questions, de la sueur, de l’ardeur, du rire, de l’acrobatie, de l’agacement, la peur de mal faire, l’art de bien faire, de la plĂ©nitude. Dans le minuscule studio des Buttes-Chaumont oĂč Koki rĂ©sidait, je pouvais avec mon archet toucher le piano droit et de la main gauche faire chauffer de l’eau, mais en sortant j’avais l’impression d’avoir Ă©tĂ© sur Mars, au bord d’un lac, dans un loft berlinois, avec des fĂ©es. La musique ne signifie rien et pourtant c’est une question de vie et de mort pour Koki Nakano.

Vincent Segal

Au Japon, dans une immense ville tentaculaire, la plus peuplĂ©e du monde, il y a partout des petites ruelles. On a Ă  peine quittĂ© une grande artĂšre qu’on se retrouve plongĂ© dans un univers villageois, charmant, tranquille et joyeux. Un jour, marchant dans une de ces ruelles j’ai vu passer un chariot chargĂ© d’enfants qui se faisaient trimballer vers l’école par deux dames. Ces deux dames les tiraient, Ă  pied, et les petits jetaient des regards Ă  la fois sages et malicieux sur le monde qui dĂ©filait ainsi sous leurs yeux. Ça se passait Ă  Koenji, un de ces endroits au monde oĂč je me suis toujours senti trĂšs heureux.
Les compositions de Koki Nakano m’ont immĂ©diatement plongĂ© dans le souvenir de ce moment, dans la ruelle de Koenji, avec les enfants qui passaient en chariot. Elles sont habitĂ©es de la joie de celui qui flĂąne et se laisse surprendre par les petites choses. Le piano de Koki sautille et danse sans direction prĂ©cise, laisse tomber ses notes tout autour de lui, parfois s’arrĂȘte sur une couleur, se surprend lui mĂȘme Ă  esquisser un pas inattendu, un nouveau rythme de marche qu’il rĂ©pĂšte avec curiositĂ© tandis que le violoncelle de Vincent promĂšne ses archets comme celui qui sifflote en Ă©cho aux milles Ă©vĂšnements qui l’entourent, attentif Ă  leur complexitĂ© tout autant qu’à la grande Ă©vidence de ce qui a simplement lieu.
Et parfois le tumulte de la ville monstrueuse reprend le dessus, le temps de traverser un carrefour immense et dangereux, pour de l’autre cĂŽtĂ© se retrouver Ă  suivre sans le vouloir un vieil homme Ă  la dĂ©marche ancestrale puis l’abandonner pour une jeune fille qui ne se soucie de rien d’autre que de la fraĂźcheur du printemps, elle qui vient d’arrĂȘter de fumer. Finalement reposer sa marche en fermant les yeux assis sous un arbre, s’assoupir et se laisser emporter vers l â€˜Ă©tĂ© dernier. Au mĂȘme endroit un jeune homme composait cette musique chargĂ©e de rĂȘves et de choses qui passent et laissent des traces sans mĂȘme le savoir.

Gaspar Claus

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