Flowers Too - CD
Que fait la pop aujourdâhui ? Elle nous remplit la tĂȘte, elle nous Ă©lĂšve parfois. Elle invente chichement, elle pille un peu, elle recopie beaucoup. Elle nous accompagne encore, elle nous martyrise aussi. Elle nous euphorise de temps en temps, elle nous rabaisse souvent. Mais ce quâelle ne fait presque plus, câest nous faire rĂȘver â vraiment rĂȘver, les yeux ouverts comme les yeux fermĂ©s.
Câest prĂ©cisĂ©ment lĂ que revient Dorian Pimpernel.
Car sâil fallait voir leur premier album ALLOMBON comme lâouverture dâun passage secret, ce deuxiĂšme disque « FLOWERS TOO » est autre chose : non plus la dĂ©couverte dâun monde, mais son exploration mĂ©thodique, son cartographiage fiĂ©vreux, son approfondissement jusquâaux couches souterraines. LĂ oĂč le psychĂ©dĂ©lisme contemporain semble au point mort, oĂč lâextase a perdu son effet, oĂč les grands espaces de lâimaginaire ont Ă©tĂ© lotis, balisĂ©s, rentabilisĂ©s, eux creusent encore. Et plus profondĂ©ment.
La pop Ă©sotĂ©rique â la plus noble, la plus dangereuse â ne se pratique plus en surface. Elle a dĂ©sertĂ© les grandes avenues pour se rĂ©fugier dans des laboratoires cachĂ©s, des arriĂšre-salles mentales, des sous-sols plus enfouis encore que ceux du garage, du punk ou du metal noir. Câest lĂ que travaille, depuis des annĂ©es, la sociĂ©tĂ© secrĂšte Dorian Pimpernel, avec une obstination qui tient moins de la carriĂšre que du sacerdoce.
Leur premier album posait les bases dâun langage, dâun climat, dâun possible. Celui-ci en est la chambre intĂ©rieure.
Les cinq membres â ce batteur fascinĂ© par lâAntiquitĂ©, ce songwriter philosophe Ă ses heures, ce cinĂ©aste-compositeur polymorphe, ce bassiste-archiviste possĂ©dĂ© par les disques, ce chanteur longtemps reclus avec sa guitare â nâont pas changĂ© de nature. Mais leur musique, elle, a mutĂ©. Plus dense. Plus cohĂ©rente. Plus habitĂ©e.
Toujours en marge du schĂ©ma classique de âla bande de potes qui monte un groupeâ, ils poursuivent leur Ă©trange projet : la moonshine pop, envers nocturne, lunatique, parfois vĂ©nĂ©neux de la sunshine pop californienne. Sauf quâici, le concept nâest plus une hypothĂšse esthĂ©tique â câest un territoire. Johan ne parle plus dâesquisse, mais de monde. Un monde bĂąti brique aprĂšs brique, disque aprĂšs disque, oĂč chaque sonoritĂ©, chaque timbre, chaque intention a sa place comme dans une architecture secrĂšte.
Si le premier album ouvrait la porte, ce deuxiĂšme vous pousse Ă lâintĂ©rieur â si loin que ce sont vos rĂȘves, et peut-ĂȘtre vos cauchemars, qui devront accueillir les crĂ©atures qui lâhabitent.
Ă la maniĂšre des livres mi-littĂ©raires, mi-magiques de la Renaissance, ce disque fonctionne comme un systĂšme clos et pourtant infini. Chaque chanson y est Ă la fois fragment et totalitĂ© : autonome, mais trouĂ©e, habitĂ©e par le sentiment vertigineux quâil existe dâautres piĂšces, dâautres couloirs, juste Ă cĂŽtĂ©. Lâensemble forme un labyrinthe dont on peut Ă©tudier le plan⊠ou accepter de sây perdre.
Car que lâon soit exĂ©gĂšte maniaque ou simple promeneur nocturne, une chose frappe dâabord : câest de la pop.
De la grande mĂ©lodie. ImmĂ©diate, souple, lumineuse â mĂȘme quand elle parle depuis lâombre. Si leur art relĂšve de lâĂ©sotĂ©risme, câest Ă la maniĂšre dâAlice au pays des merveilles : en douceur, en couleurs, avec un sourire qui cache des abĂźmes.
Leurs influences sont toujours lĂ , mais digĂ©rĂ©es plus profondĂ©ment : le psychĂ©dĂ©lisme savant des annĂ©es 60, les ponts rĂȘvĂ©s entre Canterbury et DĂŒsseldorf, les musiques de film hantĂ©es, les synthĂ©tiseurs rares et les guitares anciennes qui peuplent leur studio-cabinet de curiositĂ©s. Sauf quâici, tout cela ne se cite plus â ça respire. Ăa vit. Ăa agit.
On pourrait parler dâhantologie Ă la française, mais moins tournĂ©e vers la nostalgie que vers lâactivation des fantĂŽmes. Comme sâils parlaient une langue ancienne, oui â mais de maniĂšre Ă ce quâelle appartienne pleinement au monde nouveau, mĂȘme si ce monde ne sait pas encore quâil en a besoin.
En surface, cette musique semble venue dâhier.
En profondeur, elle est strictement contemporaine : ambiguĂ«, miroitante, instable, vibrionnante. Mais aussi â et surtout â harmonieuse, immĂ©diate, dĂ©licieusement toxique, dâune beautĂ© presque suspecte.
La vraie surprise, câest que ce deuxiĂšme album a dĂ©jĂ la densitĂ© dâun disque de maturitĂ©. Dans ses thĂšmes â illusions perdues, chemins qui ne mĂšnent nulle part, mondes parallĂšles frĂŽlĂ©s sans ĂȘtre habitĂ©s â comme dans sa forme : non plus seulement une proposition, mais un manifeste pleinement rĂ©alisĂ©.
La machine Ă rĂȘves est relancĂ©e.
Et cette fois, elle tourne sans mode dâemploi.
Original : $13.00
-70%$13.00
$3.90
Description
Que fait la pop aujourdâhui ? Elle nous remplit la tĂȘte, elle nous Ă©lĂšve parfois. Elle invente chichement, elle pille un peu, elle recopie beaucoup. Elle nous accompagne encore, elle nous martyrise aussi. Elle nous euphorise de temps en temps, elle nous rabaisse souvent. Mais ce quâelle ne fait presque plus, câest nous faire rĂȘver â vraiment rĂȘver, les yeux ouverts comme les yeux fermĂ©s.
Câest prĂ©cisĂ©ment lĂ que revient Dorian Pimpernel.
Car sâil fallait voir leur premier album ALLOMBON comme lâouverture dâun passage secret, ce deuxiĂšme disque « FLOWERS TOO » est autre chose : non plus la dĂ©couverte dâun monde, mais son exploration mĂ©thodique, son cartographiage fiĂ©vreux, son approfondissement jusquâaux couches souterraines. LĂ oĂč le psychĂ©dĂ©lisme contemporain semble au point mort, oĂč lâextase a perdu son effet, oĂč les grands espaces de lâimaginaire ont Ă©tĂ© lotis, balisĂ©s, rentabilisĂ©s, eux creusent encore. Et plus profondĂ©ment.
La pop Ă©sotĂ©rique â la plus noble, la plus dangereuse â ne se pratique plus en surface. Elle a dĂ©sertĂ© les grandes avenues pour se rĂ©fugier dans des laboratoires cachĂ©s, des arriĂšre-salles mentales, des sous-sols plus enfouis encore que ceux du garage, du punk ou du metal noir. Câest lĂ que travaille, depuis des annĂ©es, la sociĂ©tĂ© secrĂšte Dorian Pimpernel, avec une obstination qui tient moins de la carriĂšre que du sacerdoce.
Leur premier album posait les bases dâun langage, dâun climat, dâun possible. Celui-ci en est la chambre intĂ©rieure.
Les cinq membres â ce batteur fascinĂ© par lâAntiquitĂ©, ce songwriter philosophe Ă ses heures, ce cinĂ©aste-compositeur polymorphe, ce bassiste-archiviste possĂ©dĂ© par les disques, ce chanteur longtemps reclus avec sa guitare â nâont pas changĂ© de nature. Mais leur musique, elle, a mutĂ©. Plus dense. Plus cohĂ©rente. Plus habitĂ©e.
Toujours en marge du schĂ©ma classique de âla bande de potes qui monte un groupeâ, ils poursuivent leur Ă©trange projet : la moonshine pop, envers nocturne, lunatique, parfois vĂ©nĂ©neux de la sunshine pop californienne. Sauf quâici, le concept nâest plus une hypothĂšse esthĂ©tique â câest un territoire. Johan ne parle plus dâesquisse, mais de monde. Un monde bĂąti brique aprĂšs brique, disque aprĂšs disque, oĂč chaque sonoritĂ©, chaque timbre, chaque intention a sa place comme dans une architecture secrĂšte.
Si le premier album ouvrait la porte, ce deuxiĂšme vous pousse Ă lâintĂ©rieur â si loin que ce sont vos rĂȘves, et peut-ĂȘtre vos cauchemars, qui devront accueillir les crĂ©atures qui lâhabitent.
Ă la maniĂšre des livres mi-littĂ©raires, mi-magiques de la Renaissance, ce disque fonctionne comme un systĂšme clos et pourtant infini. Chaque chanson y est Ă la fois fragment et totalitĂ© : autonome, mais trouĂ©e, habitĂ©e par le sentiment vertigineux quâil existe dâautres piĂšces, dâautres couloirs, juste Ă cĂŽtĂ©. Lâensemble forme un labyrinthe dont on peut Ă©tudier le plan⊠ou accepter de sây perdre.
Car que lâon soit exĂ©gĂšte maniaque ou simple promeneur nocturne, une chose frappe dâabord : câest de la pop.
De la grande mĂ©lodie. ImmĂ©diate, souple, lumineuse â mĂȘme quand elle parle depuis lâombre. Si leur art relĂšve de lâĂ©sotĂ©risme, câest Ă la maniĂšre dâAlice au pays des merveilles : en douceur, en couleurs, avec un sourire qui cache des abĂźmes.
Leurs influences sont toujours lĂ , mais digĂ©rĂ©es plus profondĂ©ment : le psychĂ©dĂ©lisme savant des annĂ©es 60, les ponts rĂȘvĂ©s entre Canterbury et DĂŒsseldorf, les musiques de film hantĂ©es, les synthĂ©tiseurs rares et les guitares anciennes qui peuplent leur studio-cabinet de curiositĂ©s. Sauf quâici, tout cela ne se cite plus â ça respire. Ăa vit. Ăa agit.
On pourrait parler dâhantologie Ă la française, mais moins tournĂ©e vers la nostalgie que vers lâactivation des fantĂŽmes. Comme sâils parlaient une langue ancienne, oui â mais de maniĂšre Ă ce quâelle appartienne pleinement au monde nouveau, mĂȘme si ce monde ne sait pas encore quâil en a besoin.
En surface, cette musique semble venue dâhier.
En profondeur, elle est strictement contemporaine : ambiguĂ«, miroitante, instable, vibrionnante. Mais aussi â et surtout â harmonieuse, immĂ©diate, dĂ©licieusement toxique, dâune beautĂ© presque suspecte.
La vraie surprise, câest que ce deuxiĂšme album a dĂ©jĂ la densitĂ© dâun disque de maturitĂ©. Dans ses thĂšmes â illusions perdues, chemins qui ne mĂšnent nulle part, mondes parallĂšles frĂŽlĂ©s sans ĂȘtre habitĂ©s â comme dans sa forme : non plus seulement une proposition, mais un manifeste pleinement rĂ©alisĂ©.
La machine Ă rĂȘves est relancĂ©e.
Et cette fois, elle tourne sans mode dâemploi.















